7

 

 

 

Je me suis retournée en geignant pour regarder le réveil sur la table de chevet. Moins d’une demi-heure avant le lever du soleil. Bill avait déjà regagné son cercueil : le couvercle était fermé. Pourquoi m’étais-je réveillée si tôt ? D’habitude, c’était pratiquement l’heure à laquelle je me couchais, et après la journée que j’avais passée...

Pourtant, j’éprouvais une étrange impression, comme une urgence qui m’empêchait de me rendormir. Oui, c’était bien ça : j’avais quelque chose à faire. Quelque chose qui ne pouvait pas attendre. Quelque chose... Bon sang !

Je me suis redressée et j’ai réussi à sortir du lit tant bien que mal. J’ai enfilé un short, un tee-shirt, chaussé mes sandales, jeté un vague coup d’œil au passage dans la glace. Seigneur ! C’était encore pire que la veille, à tel point que j’ai préféré tourner le dos au miroir pour me coiffer. À ma grande surprise, mon sac était posé sur la table basse du salon. Quelqu’un – mon vampire, sans doute – avait dû le récupérer au centre de la Confrérie et le rapporter. J’y ai glissé la clé de la chambre et j’ai claudiqué jusqu’à l’ascenseur.

Barry devait avoir terminé son service, et le jeune type qui l’avait remplacé était trop bien élevé pour oser me demander ce que je fichais dehors alors que je donnais l’impression d’être passée sous un train. Il s’est contenté de m’appeler un taxi sans broncher. Quand j’ai indiqué au chauffeur ma destination, il m’a jeté un coup d’œil incertain dans le rétroviseur.

— Vous feriez pas mieux d’aller à l’hôpital, des fois ? s’est-il alarmé, pas franchement enchanté de se coltiner un pareil chargement, apparemment.

— J’en viens.

Ça n’a pas eu l’air de le rassurer pour autant.

— C’est les vampires qui vous ont fait ça, hein ? Faut quand même pas être bien pour fréquenter cette engeance-là ! a-t-il maugréé en secouant la tête avec une moue dégoûtée.

— Ce sont des gens comme vous et moi qui m’ont agressée, ai-je rétorqué en respirant profondément pour ne pas m’énerver. Les vampires, eux, m’ont soignée.

Ça lui a cloué le bec, et il a démarré. La circulation était fluide, rares étant les gens qui prenaient leur voiture le dimanche à l’aube. Moins d’un quart d’heure plus tard, j’étais revenue à mon point de départ : le parking de la Confrérie.

J’ai demandé au chauffeur de m’attendre. C’était un homme d’une soixantaine d’années trapu et grisonnant, vêtu d’une chemise en laine à carreaux fermée par des pressions : le vrai Texan pure souche. Il lui manquait une dent de devant.

— Je peux faire ça, a-t-il grommelé en allumant le plafonnier, avant d’aller pêcher sous son siège une B.D. de western à la couverture fatiguée, le genre de truc en noir et blanc en format poche qui avait disparu de la circulation depuis au moins cinquante ans (hors des frontières du Texas, s’entend).

Il n’y avait plus que deux véhicules sur le parking. L’un d’entre eux devait appartenir à Gabby.

 

L’idée qu’il avait peut-être une femme et des enfants m’a soudain traversé l’esprit. Si c’était le cas, je les plaignais. D’abord, parce que ce type était tellement sadique qu’il avait dû faire de leur vie un véritable enfer. Ensuite, parce qu’ils passeraient sans doute le restant de leurs jours à s’interroger sur la raison de son décès et sur la façon dont il était mort. J’ai préféré ne pas m’appesantir sur la question.

Quant à Steve et Sarah Newlin, qu’allaient-ils devenir, maintenant ? Avaient-ils encore assez d’adeptes pour continuer à financer leur secte ? Les armes et les vivres devaient être restés dans le temple. Peut-être s’étaient-ils barricadés dans leur bunker avec leurs provisions, en attendant la prochaine apocalypse.

Soudain, une silhouette est sortie de l’ombre du bâtiment. Je l’ai tout de suite reconnue. Le jeune homme s’est avancé dans la lumière des lampadaires. Il était toujours torse nu, avec sur son visage d’adolescent un reste d’enfance. Seuls ses tatouages et l’expression de son regard sans âge démentaient sa jeunesse apparente.

Comme il s’approchait de moi, j’ai murmuré :

— Je suis venue regarder.

«Pour témoigner », aurais-je dû ajouter.

— Pourquoi ?

— Parce que je vous dois bien ça.

— Mais je suis un monstre, une créature maléfique. Personne ne me doit rien.

— C’est bien possible (difficile de dire le contraire, après ce qu’il avait fait), mais c’est tout de même grâce à vous que j’ai pu m’enfuir. Et puis, vous m’avez tirée des griffes de Gabby.

— En faisant une énième victime ? Enfin, vous savez, une de plus, une de moins... Ma conscience n’est plus à ça près. Il y en a tant eu que j’ai perdu le fil. Mais si j’ai pu vous épargner quelque humiliation...

Sa voix avait un accent si tragique que j’en ai eu le cœur serré. Le ciel commençait à pâlir. Il faisait pourtant encore sombre, et je ne me lassais pas de contempler ses traits incroyablement juvéniles à la clarté des lampadaires du parking.

Tout à coup, sans savoir pourquoi, je me suis mise à pleurer.

— C’est une bien agréable surprise, s’est étonné Godefroy d’une voix déjà lointaine. Je ne m’attendais certes pas à voir quelqu’un verser des larmes le jour de ma mort.

C’est alors que le soleil s’est levé.

 

Quand je suis remontée dans le taxi, le chauffeur a rangé tranquillement sa B.D.

— Ils font un feu de camp, là-bas, ou quoi ? m’a-t-il demandé. J’ai cru apercevoir de la fumée. J’ai failli aller voir ce qui se passait.

— C’est fini, maintenant.

Oui, c’était bel et bien fini. Pour Godefroy, en tout cas.

Durant les deux premiers kilomètres, j’ai passé mon temps à me moucher et à me tamponner les yeux. Puis j’ai regardé par la vitre la ville qui s’éveillait.

De retour à l’hôtel, je suis montée directement dans la suite. J’ai enlevé mon short et je me suis allongée sur le lit, prête à broyer du noir durant de longues heures de solitude.

Quand je me suis réveillée, la nuit était déjà tombée. C’est Bill qui m’a tirée du sommeil. À sa manière... Mon tee-shirt était relevé, et ses cheveux bruns me chatouillaient le cou. Il était en train d’embrasser passionnément la moitié de ce qu’il appelle « la plus belle paire de seins du monde ». Il y mettait pourtant une délicatesse infinie, à cause de ses canines qui étaient complètement sorties : une des manifestations tangibles de son désir.

— Est-ce que tu te sens en état de faire ça ? m’a-t-il chuchoté à l’oreille. D’y prendre plaisir, je veux dire. Si je te promets de faire très, très attention ?

— Si tu réussis à me persuader que je suis une statuette en verre filé à cent millions de dollars, oui, ai-je murmuré, sachant pertinemment qu’il en était capable.

— Oh, mais ce que je touche là est bien trop chaud, bien trop humide pour être du verre...

J’ai laissé échapper une plainte.

— Je te fais mal ? a-t-il demandé, sans cesser toutefois le va-et-vient de sa main.

— Oh, Bill !

C’est tout ce que j’ai pu dire avant de coller ma bouche contre la sienne.

— Couche-toi sur le côté, m’a-t-il susurré. Je m’occupe de tout.

Et c’est ce qu’il a fait.

— Pourquoi étais-tu à moitié habillée ? s’est-il étonné, quelque temps plus tard.

Il était allé chercher une bouteille de sang dans le minibar et l’avait mise à réchauffer au micro-ondes, preuve qu’il tenait à me ménager.

— Je suis allée assister aux derniers instants de Godefroy.

— Quoi ?

— Godefroy s’est offert au soleil.

Cette expression, que j’avais trouvée tellement mélo il n’y avait pas si longtemps, m’était venue tout naturellement.

Bill a accueilli la nouvelle par un long silence pesant.

— Comment savais-tu qu’il le ferait ? Et où il le ferait ?

J’ai haussé les épaules.

— J’ai toujours pensé qu’il ne démordrait pas de son projet initial. Il avait eu tout le temps de peser sa décision et il semblait bien décidé à aller jusqu’au bout. Il m’a sauvé la vie, je lui devais bien ça.

— Il n’a pas flanché à la dernière minute ?

J’ai regardé Bill droit dans les yeux.

— Il n’a pas faibli une seule seconde. Il a fait preuve d’un courage exemplaire. Il avait hâte de mourir. Pour lui, c’était une délivrance.

Je me demandais ce que Bill pouvait bien se dire en un moment pareil.

— On doit retourner chez Stan, m’a-t-il soudain annoncé. Il faut l’avertir.

— Pourquoi ? Qu’est-ce qui nous y oblige ?

Si j’avais eu dix ans de moins, j’aurais fait la moue.

Bill m’a lancé un de ses regards noirs de Père Fouettard qui m’horripilent.

— Tu dois lui faire ton rapport pour qu’il puisse juger du travail que tu as accompli, a-t-il insisté. Tu dois lui prouver que tu as rempli la mission qu’il t’avait confiée. Et puis, ne voulais-tu pas connaître le sort d’Hugo ?

Hugo... Le seul fait de penser à lui gâchait ma journée.

Pour ménager ma peau toujours à vif, qui supportait mal le contact des vêtements, j’ai enfilé une petite robe sans manches taillée dans un coton mordoré, puis j’ai chaussé mes sandales. Voilà pour la tenue. Bill m’a coiffée et mis mes boucles d’oreilles (j’avais trop de mal à lever les bras). J’ai jeté un coup d’œil dans la glace et fait la grimace. C’est bien simple, j’avais l’air d’une éclopée tout droit sortie du service des urgences qui se rend au pot de bienvenue de S.O.S. femmes battues.

Bill a appelé la réception pour qu’on nous avance notre voiture de location devant l’hôtel. Je ne savais même pas qu’on en avait une, ni depuis quand on l’avait. Bill a pris le volant. Cette fois, je n’ai pas regardé par la vitre : Dallas me sortait par les yeux.

Quand on est arrivés au manoir de Green Valley Road, tout paraissait aussi calme que lors de notre première visite, deux jours auparavant. Mais, une fois le seuil franchi, la fête battait son plein. On débarquait au beau milieu de la soirée organisée pour célébrer le retour de Farrell. Le héros du jour se tenait au milieu du salon, le bras passé autour de la taille d’un jeune homme qui ne devait pas avoir plus de dix-huit ans. Il tenait à la main une bouteille de PurSang, et son petit copain un Coca. Farrell avait le teint presque aussi frais et rose que son compagnon.

Il a semblé ravi de faire ma connaissance. Il avait revêtu la panoplie du parfait cow-boy au grand complet, si bien que lorsqu’il s’est penché pour me faire le baisemain, je m’attendais presque à entendre ses éperons cliqueter.

— Vous êtes si belle ! s’est-il exclamé avec emphase, en agitant sa bouteille de sang synthétique. Si j’aimais les femmes, une semaine entière ne me suffirait pas pour rendre hommage à vos charmes. Je sais que vos blessures vous chagrinent, mais vous avez tort de vous en inquiéter : elles ne font que rehausser vos multiples attraits.

Je n’ai pas pu m’empêcher d’éclater de rire. Non seulement je marchais comme une centenaire, mais sur toute la partie gauche de mon visage, j’avais la tête d’Elephant Man.

— Bill Compton, j’espère que vous mesurez votre chance, a conclu Farrell.

— N’en doutez pas, lui a assuré Bill en souriant (un peu froid, le sourire, tout de même).

— Quand on allie ainsi la beauté au courage... a repris Farrell.

J’ai préféré mettre un terme à ce déferlement de louanges. Non seulement ça commençait à énerver sérieusement Bill, mais ça avait éveillé la curiosité du jeune compagnon de Farrell, qui venait de poser la main sur mon bras, une tonne de questions sur le bout de la langue, je le sentais.

— Merci, Farrell, ai-je dit. Savez-vous où est Stan ?

— Dans la salle de réunion, m’a répondu un jeune vampire, celui-là même qui avait conduit Bethany à moi, lors de cette nuit fatidique qui devait être la dernière de la malheureuse.

C’était probablement le fameux Vélasquez dont Bill m’avait parlé. Il mesurait près d’un mètre quatre-vingt-dix et devait à ses lointains ancêtres hispaniques un teint mat et des prunelles de jais d’authentique don Juan. Quant à son statut de vampire, il lui conférait cette troublante fixité du regard et cette vivacité de cobra qui incitaient immédiatement à la prudence. Il surveillait la pièce, prêt à réagir à la moindre alerte. J’en ai conclu qu’il faisait partie du service de sécurité maison.

— Il sera heureux de vous voir, a-t-il ajouté.

J’ai balayé la salle du regard, passant en revue les vampires et les rares humains réunis là. Pas trace d’Éric. Peut-être était-il retourné à Shreveport. Mais où était donc Isabeau ? J’ai posé discrètement la question à Bill.

— Elle est interdite de séjour, a-t-il chuchoté, si bas que j’ai dû tendre l’oreille. Elle a introduit un traître dans le nid : elle doit payer le prix de son erreur, a-t-il ajouté.

— Mais...

— Chut !

La salle de réunion était aussi bondée que le salon. Stan était assis à la même place et portait le même déguisement de truand que la fois précédente. Il s’est levé à notre approche. A la solennité qu’il mettait dans ce geste, j’ai compris qu’il s’agissait d’un insigne honneur dont nous étions probablement censés nous sentir flattés.

— Bonsoir, mademoiselle Stackhouse, m’a-t-il dit en me serrant la main de façon on ne peut plus protocolaire. Bonsoir, Bill.

Il m’a examinée de ses yeux de lynx, ses prunelles délavées enregistrant, j’en étais sûre, jusqu’à la plus infime écorchure.

— J’aimerais que vous me racontiez tout ce qui vous est arrivé hier. Et sans omettre le moindre détail, s’il vous plaît, a-t-il précisé.

J’ai pris le premier prétexte qui me passait par la tête pour essayer d’échapper à ce qui commençait à ressembler à un assommant exercice de récitation.

— J’ai déjà tout raconté à Bill, il risque de s’ennuyer...

— Bill y survivra, n’ayez crainte.

Bon. Apparemment, je n’allais pas y couper. J’ai tout de même poussé un gros soupir, puis j’ai entamé mon récit en commençant par mon rendez-vous avec Hugo, dans le hall du Silence Eternel. J’ai fait de mon mieux pour laisser Barry en dehors de tout ça. Cela ne lui aurait sans doute pas plu de se retrouver fiché comme télépathe auprès des vampires de Dallas. Je me suis contentée d’évoquer «un groom de l’hôtel ». Cela dit, Stan ne mettrait pas longtemps à l’identifier, s’il le voulait.

Lorsque j’en suis arrivée au passage où Gabby enfermait Hugo dans la cellule de Farrell, juste avant d’essayer de me violer, j’ai senti mes lèvres s’étirer en un sourire crispé. La peau de mon visage semblait tendue à craquer.

— Pourquoi fait-elle cela ? s’est enquis Stan, comme si je n’étais pas là.

— Parce qu’elle est nerveuse, lui a expliqué Bill.

— Ah !

Le regard de Stan est devenu encore plus perçant. D’autant plus crispée, j’ai machinalement lissé mes cheveux en arrière. Sans un mot, Bill m’a tendu l’élastique qu’il venait de tirer de sa poche et, au prix d’un douloureux effort, j’ai réussi à faire mes trois tours habituels. J’ai secoué ma queue de cheval. Ça allait déjà mieux.

Quand j’ai évoqué l’aide que les changelings m’avaient apportée, Stan s’est brusquement penché en avant, l’air captivé. Il voulait en savoir plus, mais j’ai pris bien soin de ne citer aucun nom. Mon retour et, surtout, le fait que les changelings m’aient pratiquement jetée devant l’hôtel avant de démarrer sur les chapeaux de roue l’ont laissé songeur. J’ai hésité à mentionner la présence d’Éric. Puis, finalement, j’ai carrément sauté le passage qui le concernait. Après tout, il était censé venir de Californie : comment expliquer qu’il ait accepté de jouer les bons Samaritains pour une fille qu’il avait simplement croisée chez Stan ? Et une humaine, qui plus est. Sans vouloir faire de généralités, par nature, les vampires ne sont pas très portés sur la charité chrétienne. J’ai juste légèrement travesti la vérité en disant que j’étais montée directement dans la suite attendre Bill.

Ensuite, j’ai parlé de la dernière fois où j’avais vu Godefroy.

À mon grand étonnement, Stan s’est montré extrêmement affligé par sa mort. Il semblait incapable d’en supporter l’idée. Il m’a même fait raconter deux fois la scène finale, comme s’il ne parvenait pas à y croire. Pendant que je répétais ma description, il a fait pivoter son fauteuil, nous tournant le dos. Bill en a profité pour me caresser les cheveux, geste tendre qui m’a un peu détendue. Quand Stan s’est retourné, il s’essuyait les yeux avec un mouchoir rougi. C’était donc vrai que les vampires versaient des larmes de sang !

Du coup, je n’ai pas pu retenir les miennes. Pour les millions d’enfants qu’il avait torturés et massacrés, Godefroy méritait de mourir – sans parler des humains qui étaient encore derrière les barreaux pour des crimes qu’il avait commis. Mais Godefroy m’avait sauvée, et jamais je n’avais rencontré quelqu’un qui fût aussi écrasé par la culpabilité et le remords.

— Quelle force de caractère ! Quel courage ! s’est exclamé Stan, presque lyrique.

En fait, il ne pleurait pas la disparition de l’un des siens. Il était éperdu d’admiration.

— J’en pleure, a-t-il ajouté avec une emphase propre à nous faire apprécier l’inestimable valeur d’un aussi vibrant hommage. Suite à l’excellent travail de Bill qui nous avait permis de l’identifier, j’ai moi-même fait procéder à une petite enquête sur Godefroy et j’ai découvert qu’il appartenait à l’un des plus importants nids de San Francisco. Ses frères seront affectés par la nouvelle, et plus encore d’apprendre la part qu’il a prise à l’enlèvement de Farrell. Mais le courage dont il a fait preuve à la fin !

Stan a secoué la tête, l’air réellement bouleversé.

Quant à moi, j’avais mal partout et je commençais vraiment à être épuisée. J’ai fini par prendre mon petit flacon d’antalgiques dans mon sac et j’ai fait ostensiblement tomber deux cachets dans le creux de ma main. Sur un signe de Stan, un jeune vampire m’a apporté un verre d’eau. Stan a paru surpris quand je l’ai remercié.

— C’est moi qui vous remercie, mademoiselle Stackhouse ! s’est-il soudain écrié, toujours aussi pompeux. Vous avez accompli la mission dont nous vous avions chargée, et même davantage. Grâce à vous, nous avons pu retrouver notre frère et le libérer à temps, et je suis sincèrement désolé que vous ayez dû payer cet éclatant succès d’aussi fâcheux désagréments.

Il aurait voulu nous congédier qu’il ne s’y serait pas pris autrement.

— Excusez-moi, mais...

Bill a posé la main sur mon épaule. Je savais que c’était un avertissement, mais je n’en ai pas tenu compte.

Stan a eu un haussement de sourcils incrédule devant tant de témérité.

— Oui ? a-t-il fait, hautain. Votre chèque sera envoyé à votre chef de zone, à Shreveport, comme nous en avons convenu. Mais, je vous en prie, restez pour célébrer le retour de Farrell avec nous.

— Dans notre accord, ai-je poursuivi, comme si de rien n’était, il était entendu que si, en utilisant mes services, vous découvriez qu’un humain s’était rendu coupable d’un crime, celui-ci serait livré à la justice pour pouvoir bénéficier d’un procès équitable. Où est Hugo ?

Le regard de Stan a glissé sur mon visage pour se river à celui de Bill, derrière moi. Il semblait lui demander pourquoi il n’était pas fichu de mieux contrôler son familier.

— Hugo est avec Isabeau, a-t-il finalement lâché.

Plutôt énigmatique, comme réponse. Je n’avais vraiment pas envie de savoir ce qu’elle recouvrait. Il le fallait, pourtant.

— Donc, vous avez décidé de ne pas respecter vos engagements ?

Je savais que Stan verrait là une véritable provocation.

Il devrait y avoir un adage : « Fier comme un vampire. » Ils le sont tous. Mais, là, j’avais piqué Stan au vif. En posant cette question, je l’accusais d’être malhonnête. Pire, de manquer à sa parole. Ça l’a rendu fou de rage. En voyant son expression, j’ai failli partir en courant. Il n’avait subitement plus rien d’humain. Ses lèvres s’étaient rétractées, révélant de longues canines, et son corps s’était étiré vers l’avant comme s’il était en caoutchouc.

Au bout d’un moment qui m’a paru interminable, il s’est levé et, d’un geste vif de la main, nous a invités à le suivre.

Bill m’a aussitôt offert son bras. Stan a emprunté un long couloir qui s’enfonçait vers l’arrière de la maison et devait desservir les chambres. J’ai dénombré au moins six portes, toutes fermées. Derrière l’une d’elles s’élevaient des bruits trahissant indubitablement une activité sexuelle intense. À mon grand soulagement, Stan l’a dépassée sans s’arrêter. Le couloir conduisait à un escalier, qu’il a gravi en silence. Bill a été obligé de m’aider (pas évident de monter des marches avec une entorse au genou). Pas une fois Stan ne s’est retourné pour voir si on lui avait emboîté le pas, et à aucun moment il n’a ralenti l’allure. Il a fini par s’immobiliser devant une porte que rien ne distinguait des autres. Il a sorti une clé de sa poche et l’a glissée dans la serrure, puis il a tourné la poignée et s’est effacé pour me laisser entrer.

Je n’étais pas franchement pressée de voir ce qu’il y avait à l’intérieur. Mais je ne pouvais pas faire autrement. J’ai franchi le seuil à pas lents.

La pièce était vide de tout mobilier. Isabeau était enchaînée au mur de droite (avec des chaînes d’argent, bien sûr), et Hugo au mur de gauche. Ils se sont tournés vers nous avec un ensemble parfait.

Bien qu’entièrement nue, Isabeau m’a saluée avec la même souveraine froideur que si elle m’avait croisée dans le hall du Silence Eternel. Elle ne souffrait manifestement pas. En regardant mieux ses menottes et ses fers, j’ai compris pourquoi : ils étaient matelassés, afin de ne pas la blesser et de préserver sa peau des brûlures du métal (qui devait, malgré tout, considérablement l’affaiblir et la priver de tous ses pouvoirs).

Hugo non plus n’avait rien à cacher. Notre présence ne paraissait pourtant pas le gêner. D’ailleurs, il ne faisait absolument pas attention à nous. Après nous avoir jeté un coup d’œil, il s’était aussitôt détourné pour regarder avec avidité le corps nu d’Isabeau. Il semblait incapable d’en détacher les yeux. Quant à moi, je ne me sentais pas très à l’aise, même si je ne suis pas du genre à jouer les vierges effarouchées. Je crois bien que c’était la première fois de ma vie que je me trouvais dans la même pièce qu’un homme entièrement nu – à l’exception de Bill, bien entendu.

— Elle ne peut pas lui sucer le sang, bien qu’elle soit taraudée par la faim, et il ne peut pas la toucher, bien qu’il soit consumé de désir. Voilà leur châtiment, nous a doctement expliqué Stan. D’interminables heures de torture. Quel sort réserverait-on à Hugo dans un tribunal humain ?

J’ai réfléchi au problème. Qu’est-ce qu’Hugo avait fait de vraiment répréhensible ?

Il s’était introduit dans le nid des vampires de Dallas sous un faux prétexte. Il voulait réellement rester auprès d’Isabeau, mais il en avait profité pour trahir les vampires. Il n’existait aucune loi contre ça.

— Il vous a mis sur écoute ! ai-je fièrement proclamé, comme la bonne élève qui a bien appris sa leçon.

Ça, c’était illégal. Du moins, je le pensais.

— Quelle peine de prison lui infligerait-on pour une telle infraction ? s’est enquis Stan.

Bonne question. Je ne connaissais rien à la loi, mais ça ne devait pas aller chercher bien loin. Un jury humain aurait même pu estimer qu’introduire un mouchard dans un repaire de vampires pour les espionner n’était peut-être pas une si mauvaise idée que ça. J’ai soupiré. Stan a sans doute jugé que c’était une réponse suffisante.

— Quel autre délit Hugo a-t-il commis ? a-t-il aussitôt enchaîné.

— Il m’a joué la comédie. Il m’a attirée dans un guet-apens. Il m’a... Hum ! Rien d’illicite là-dedans. Il... euh... Eh bien, il...

— Je vois.

Et, pendant tout ce temps, le regard enfiévré d’Hugo n’avait pas quitté le corps d’Isabeau.

À mon sens, par ses actes et par ses prises de position, Hugo avait provoqué et encouragé le crime aussi sûrement que Godefroy l’avait commis.

— Combien de temps comptez-vous les laisser comme ça ?

— Trois ou quatre mois, m’a répondu Stan avec un haussement d’épaules désinvolte. Nous nourrirons Hugo, bien entendu. Mais pas Isabeau.

— Et après ?

— Nous le libérerons en premier. Il aura un jour d’avance.

La main de Bill s’est soudain refermée sur mon poignet, me signifiant que j’avais déjà posé trop de questions.

Quand j’ai tourné les yeux vers Isabeau, elle m’a adressé un signe de tête, comme pour me signifier qu’elle était d’accord, que la peine infligée lui paraissait juste. J’ai capitulé.

— Bon. D’accord, ai-je murmuré à regret.

Et j’ai fait demi-tour.

Soit, j’avais perdu cette bataille, mais je ne voyais pas comment j’aurais pu agir autrement. Et plus je réfléchissais au problème, plus les choses s’embrouillaient dans mon esprit. Je n’ai pas l’habitude de me poser des questions de morale. Pour moi, tout est toujours noir ou blanc. Il y a le bien d’un côté, le mal de l’autre. Point final.

En l’occurrence, on pataugeait plutôt dans le gris. On entrait dans une zone intermédiaire, une zone d’ombre. Une zone dans laquelle on pouvait ranger un tas d’autres choses, d’ailleurs. Coucher ensemble sans être mariés, par exemple. De toute façon, je n’aurais pas pu épouser Bill : l’union entre un humain et un vampire n’était pas prévue par la loi. Mais, bon, il ne me l’avait jamais proposé non plus...

Mes pensées ne cessaient de revenir au malheureux couple enfermé dans la chambre du premier étage. Si surprenant que cela puisse paraître, je plaignais plus Isabeau qu’Hugo. Après tout, Hugo avait des torts envers moi, envers elle et, plus ou moins directement, envers nombre d’autres gens qu’il avait sciemment trompés. Isabeau n’était coupable que de s’être laissé abuser.

Ces réflexions ne me menaient nulle part. Je tournais en rond. Mais je n’avais que ça à faire : Bill s’amusait tellement, à cette petite sauterie, qu’il m’avait complètement oubliée. Je n’avais assisté qu’à une ou deux autres soirées mixtes, auparavant, et je trouvais que, même après plus de deux ans de cohabitation légale, la mayonnaise avait toujours autant de mal à prendre entre les vampires et les humains. Il était formellement interdit de boire en public, pour les vampires (de sucer le sang d’un humain, autrement dit), et je peux vous assurer qu’au Q.G. de Stan Davis, le règlement était strictement respecté. De temps à autre, je voyais bien un couple s’éclipser, mais tous les humains revenaient apparemment en parfaite santé.

Bill vivait parmi les habitants de Bon Temps depuis tant de mois qu’il semblait tout excité de se retrouver en compagnie d’autres vampires. Il passait d’un groupe à l’autre, se lançant dans de grandes conversations sur le Chicago des années vingt, les nouveaux placements ou les holdings internationaux désormais détenus par de véritables trusts de vampires influents... Quant à moi, je restais assise sur le canapé, à siroter ma vodka-orange, en regardant vaguement ce qui se passait autour de moi. Le barman était un type plutôt sympathique, et j’ai bavardé un peu avec lui. Pour une fois que ce n’était pas moi qui faisais le service, j’aurais probablement dû en profiter, mais en fait, ça ne m’aurait pas gênée d’enfiler mon uniforme pour prendre les commandes. Ça me manquait presque. Je me serais sentie plus à ma place, en tout cas. Et puis, je suis une fille plutôt routinière, je n’aime pas trop qu’on bouscule mes petites habitudes.

A un moment donné, une jeune humaine est venue s’asseoir à côté de moi. Elle devait avoir quelques années de moins que moi. Elle m’a appris qu’elle sortait avec le dénommé Vélasquez, le vampire ténébreux qui jouait les vigiles, celui qui avait participé à l’attaque du centre de la Confrérie du Soleil avec Bill. Elle s’appelait Trudi Pfeiffer. Elle avait le crâne hérissé de crêtes rouges, trois piercings – un dans le nez, un dans la langue, un dans le nombril – et un maquillage gothique des plus macabres (un rouge à lèvres noir baptisé « terre de cimetière », notamment, comme elle s’est empressée de me le préciser). Son jean lui descendait si bas sur les hanches que je me demandais comment elle faisait pour s’asseoir et se relever sans se retrouver les fesses à l’air. Peut-être qu’elle l’avait justement choisi parce qu’il lui permettait d’exhiber l’anneau qu’elle avait dans le nombril. Quant à son haut, il tenait quasiment du soutien-gorge (vu qu’elle n’en avait pas mis, il faisait double emploi). Franchement, à côté d’elle, même dans la tenue que je portais le soir où la ménade m’avait sauté dessus, j’avais tout d’une première communiante.

Pourtant, quand on discutait avec elle, on s’apercevait vite que Trudi n’était pas aussi givrée qu’elle en avait l’air. Elle étudiait l’économie à l’université. Comme j’ai pu le découvrir par la suite, en sortant avec Vélasquez, elle avait l’impression de « donner dans la provoc à fond », c’est-à-dire de défier ses parents.

— Ils préféreraient que je sorte avec un Black ! s’est-elle exclamée en riant, manifestement fière de pousser ses parents (de fiers descendants d’esclavagistes, sans doute) dans leurs retranchements.

 

Je me suis retenue pour ne pas relever l’allusion raciste et me suis efforcée de paraître aussi impressionnée par son courage qu’elle l’espérait.

— Ils ont une sainte horreur de tout ce qui touche aux immortels, j’imagine ?

— Et ce n’est rien de le dire ! s’est-elle exclamée en hochant la tête avec conviction et en m’agitant ses longs ongles vernis noirs sous le nez.

Elle a bu une gorgée de sa bière avant de poursuivre :

— Ma mère me dit toujours : « Tu ne peux donc pas fréquenter quelqu’un de vivant ? »

On a éclaté de rire toutes les deux.

— Alors, c’est comment, avec Bill ? m’a-t-elle soudain demandé sur le ton de la confidence.

Elle plissait les yeux d’un air entendu, probablement pour me montrer qu’il ne fallait pas lui en conter. J’ai préféré jouer les innocentes.

— Comment ça ?

— Ben, au lit, quoi. Avec Joseph, c’est le pied intégral !

Je mentirais si je disais que ce genre de déclaration me choquait, mais quand même ! Si Arlène s’était trouvée à la place de Trudi, je lui aurais peut-être adressé un petit sourire en coin ou un clin d’œil. Mais je n’avais aucune envie de discuter de ma vie sexuelle avec une parfaite inconnue, encore moins de connaître les détails de ses ébats avec Joseph Vélasquez.

Je me suis creusé la cervelle un moment pour tenter de trouver une échappatoire.

— Euh... tant mieux pour toi, ai-je finalement bredouillé.

Elle s’est levée pour aller chercher une autre bière et s’est attardée au buffet pour bavarder avec le barman. Ravie qu’elle ait trouvé une autre victime, j’ai fermé les yeux en poussant un gros soupir de soulagement.

C’est alors que j’ai senti le canapé s’affaisser de nouveau à côté de moi. J’ai jeté un coup d’œil entre mes paupières mi-closes pour voir qui s’était décidé à venir me tenir compagnie. Éric. De mieux en mieux.

— Comment vas-tu, Sookie ? m’a-t-il aussitôt demandé.

— Mieux que je n’en ai l’air, ai-je menti.

— Tu as vu Hugo et Isabeau ?

— Oui.

J’ai baissé les yeux vers mes mains posées sur mes cuisses.

— Édifiant, n’est-ce pas ? Et équitable.

Essayait-il de me provoquer ?

— En un sens, oui. À supposer que Stan s’en tienne là, évidemment.

— Tu ne lui as pas dit ça, j’espère ? a-t-il demandé, l’air amusé.

— Non. Enfin, pas aussi directement. Vous êtes tous tellement chatouilleux ! Et fiers, avec ça !

Il a eu l’air étonné.

— Fiers ? Oui, j’imagine qu’on ne peut pas dire le contraire.

— Pourquoi es-tu là, Éric ?

— À Dallas ?

— Oui. Ne me dis pas que tu es venu juste pour veiller sur moi.

— Mais si.

Il a haussé les épaules. Avec sa carrure, je vous jure que l’effet était plutôt impressionnant.

— C’est la première fois que nous louons tes services à l’extérieur. Je voulais m’assurer que les choses se dérouleraient normalement, sans pour autant faire jouer ma position officielle.

— Tu crois vraiment que Stan ignore qui tu es ?

Il a réfléchi un instant à la question.

— Ce n’est pas trop difficile à deviner, j’imagine, a-t-il finalement reconnu. Il aurait sans doute fait comme moi, à ma place.

— Et maintenant que tu es rassuré, tu ne penses pas que tu pourrais tout simplement me laisser mener une petite vie sans histoires, à Bon Temps, avec Bill ?

— Non. Tu m’es trop utile. En outre, je suis persuadé que, plus tu me verras, moins tu pourras te passer de moi. Du moins, je l’espère.

— Seigneur, tu es pire que la mauvaise herbe ! Plus on l’arrache, plus elle repousse.

Il a éclaté de rire. Mais ses yeux ne me quittaient pas.

— Tu es absolument à croquer dans cette robe, a-t-il soudain déclaré. Surtout sans rien en dessous. Tu sais, si tu quittais Bill pour moi de ton plein gré, il serait bien obligé de s’incliner.

— Mais je n’ai absolument pas l’intention de faire une chose pareille, ai-je aussitôt répliqué.

C’est à ce moment-là que j’ai eu une drôle d’impression, comme un signal d’alarme qui se déclenchait juste à la limite de mon champ de perception. Une simple intuition ?

Éric s’apprêtait à me répondre, mais j’ai plaqué ma main sur sa bouche. Puis j’ai tourné la tête d’un côté et de l’autre pour essayer de trouver la meilleure réception (je ne vois pas comment expliquer ça autrement).

— Aide-moi à me lever, lui ai-je ordonné.

Il s’est exécuté sans poser de questions. Je fronçais les sourcils, très concentrée.

Ça venait de partout à la fois. Oui, c’était bien ça. Ils étaient tout autour de nous. Ils encerclaient la maison. Et ils étaient remontés à bloc. Ils déversaient des torrents d’agressivité. Si Trudi ne m’avait pas assommée avec ses bavardages, j’aurais sans doute pu les repérer avant qu’on ne soit cernés.

— Éric... ai-je murmuré, tout en essayant de capter autant d’informations que possible.

Seigneur ! Un compte à rebours !

— Couchez-vous ! ai-je hurlé à pleins poumons pour tenter, en vain, de couvrir le brouhaha de la fête.

Tous les vampires, avantagés par la finesse de leur ouïe, se sont immédiatement jetés à terre.

C’est pourquoi, quand ces ordures de la Confrérie ont tiré, ce sont les humains qui ont trinqué.

Disparition a Dallas
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